Clap de fin sur le premier acte pour Vecteur Plus
6 jours 8 heures 33 minutes et 9 secondes, pour rallier la tant attendue Ile de Madère. A 19h11mn9s, hier soir Aloys Claquin et son Vecteur Plus franchissaient la ligne d’arrivée de la 1ère étape de la Transat 6.50 2007 en 19ème position. C’est un Aloys, un peu déçu d’avoir joué les seconds rôles mais heureux d’être arrivé qui a fait ses premiers pas sur les pontons de Funchal.
«Magique !» tel fut son premier mot. C’est donc ici sur l’Ile de Madère que se termine le premier acte de cette pièce riche en émotions. Comme tous les protagonistes de cette course effrénée, Aloys Claquin a vécu les dernières heures de course les nerfs à vif. Après sa longue glissade vers Funchal, Vecteur plus s’est fait à son tour prendre par les dévents et forts courants occasionnés par l’Ile. Un classique certes, mais pas toujours facile à négocier après plus de 6 jours de course en solitaire.
Si tu devais faire le pitch de ta course ?
« Je dirais que c’est la course d’un gamin de 25 ans (qu’il a fêté pendant l’étape) qui a passé les meilleurs moments en mer de sa vie lors de cette étape de folie ! Et qui dit gamin dit « insouciance »…
« J’étais tellement à fond tout le temps que par moment j’en oubliais de privilégier la stratégie. Je suis conscient d’avoir fait des erreurs, notamment en étant toujours un peu trop bas au portant, j’étais trop souvent en dessous de la route. C’est un peu comme un joueur de foot qui coure pleine balle sur le terrain mais qui en oublie d’aller marquer le but ! Dès que je voyais des bateaux devant, j’avais envie d’aller jouer, de grappiller des milles… Je me disais, je vais les avoir ! Même si le classement ne le démontre pas vraiment, je n’ai jamais été autant ‘au taquet’. Je me suis vraiment dépassé… »
La descente vers Funchal s’est faite en accélérée, comment a réagi le bateau à ce régime là ?
« Je n’avais jamais navigué à ces vitesses là : c’est impressionnant… C’est le genre de sensations que l’on n’imagine même pas. Vecteur Plus a glissé à merveille. Constamment accroché à la barre, à régler sans cesse le bateau pour surfer toujours plus vite. Je n’ai fait qu’un seul petit vrac et je n’ai quasiment rien cassé : rien de grave en tout cas.
C’est la première fois que je ressens à ce point là, l’harmonie qu’il peut y avoir entre un bateau et son skipper. Jusque là, j’étais un peu du genre à avoir la poisse : à tellement craindre la casse que tu prends tout ce qui flotte ! Or, sur cette étape j’étais tellement serein qu’il ne pouvait rien m’arriver. »
Qu’est ce que tu n’avais pas prévu dans le scénario ?
« J’ai été gêné par un cargo un bout de temps, obligé d’enchaîner les empannages. A ce moment là, j’étais dans le tableau arrière d’Adrien Hardy (Brossard), et je suis contraint de faire un contre-bord à Ortegal, je perds Adrien, et je suis tellement énervé que j’en perds mes repères. Il m’a coûté cher ce cargo ! »
Si tu devais zoomer sur un moment en particulier ?
« Sans hésiter, les pointes de vitesse à plus de 15 noeuds le jour de mon anniversaire (le 20 septembre). Des surfs à n’en plus finir… Magique, incroyable, surréaliste, je ne saurais pas mettre des mots sur ces sensations. »
Un mot sur les acteurs principaux…
«Les Intouchables ». « Ils sont hyper impressionnants avec leurs avions de chasse. Ils ont réalisé des moyennes de dingues. Isa a fait une route très propre, Yves fait une remontée fulgurante, Sam est d’une sérénité à toute épreuve. La conjugaison de leurs nouveaux protos à leur expérience…. Ça fait mal ! Mais bon, on est plein de petits jeunes ou moins jeunes d’ailleurs, bien déterminés à changer la fin du film… »
Justement, et la bande originale ?
« RFI… car j’ai oublié de prendre le cordon qui me permettait d’avoir de la musique ! Déjà que l’on vit des moments extraordinaires mais alors avec RFI et le doux accent des doudous africaines, qui te font voyager d’un bout à l’autre de la planète c’est carrément surréaliste ! »
C’est donc un Aloys « heureux » qui est arrivé à Madère. « L’accueil est génial autant du côté de l’organisation que des locaux, ça fait beaucoup de bien après plus de 6 jours de mer » Si le classement est loin d’être à la hauteur des espérances du jeune marin et de fait, le plaisir qui découle de son aventure, n’a lui pas de prix. Conscient de ses progrès mais aussi de ses erreurs. Cette année, le casting est difficile mais la route n’est pas finie, seulement 6h séparent Aloys d’Adrien Hardy (5ème), le nantais peut donc encore revenir dans le match.
Les 89 concurrents bénéficient désormais d’un entracte de 12 jours avant d’écrire le scénario de ce long métrage qui les conduira 3100 plus loin vers la chaude ambiance brésilienne. En attendant, en studio, ce sera repos dans un bon lit ou autour d’un verre mais inévitablement en refaisant le film… le film de la course.
